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L’or vient de franchir un seuil qui attire tous les regards. Au-dessus de 4 400 dollars l’once, le métal précieux profite d’un cocktail particulièrement favorable : faiblesse du marché de l’emploi américain, anticipation d’une politique monétaire plus souple et achats continus de la Chine. À ces facteurs s’ajoutent les tensions géopolitiques et la remontée du cours du pétrole, qui ravivent les craintes inflationnistes. Face aux incertitudes économiques et monétaires, les investisseurs et les banques centrales renforcent leur exposition à l’or.


En bref
- Le métal jaune a franchi la barre des 4 400 $ pour atteindre un plus haut de deux mois entre 4 434 $ et 4 435 $ l’once.
- La suppression inattendue de 23 000 emplois aux États-Unis en juillet fait baisser les rendements obligataires et valide la cassure technique au-dessus de la moyenne mobile à 100 jours.
- La Banque populaire de Chine accumule de l’or pour le 21ᵉ mois consécutif, portant ses réserves officielles à 76,08 millions d’onces.
- La hausse de 5 % du pétrole ravive les craintes d’inflation et remet en question la corrélation habituelle entre énergie et métaux précieux.
Les statistiques de l’emploi américain relancent la spéculation sur les taux de la Fed
La publication du dernier rapport sur l’emploi aux États-Unis a eu un impact réel sur le marché des métaux précieux. En effet, 23 000 emplois ont été supprimés dans l’économie américaine au cours du mois de juillet. Cette situation a pris à revers les prévisions de nombreux économistes. Ces derniers misaient sur la création de 80 000 nouveaux postes environ. Les chiffres des mois précédents, revus fortement à la baisse, ont largement contribué à ce résultat.
Ces statistiques décevantes du marché du travail ont rapidement contraint les traders à revoir leurs diverses anticipations relatives à la politique monétaire de la Réserve fédérale. En procédant à une réduction drastique des paris sur une hausse probable des taux à court terme, les investisseurs ont contribué à la chute des rendements des obligations du Trésor américain. Ils redonnent ainsi une marge de manœuvre importante à l’or. Le métal jaune a alors atteint un sommet intrajournalier situé entre 4 434 et 4 435 $ l’once. Il s’est ensuite envolé à 4 467 $ ce soir, soit une hausse remarquable à l’issue de la correction estivale qui avait ramené le prix vers 3 966 $.
De plus, ce rebond a permis au métal précieux de dépasser nettement sa moyenne mobile à 100 jours. Il s’agit là d’un signal scruté par les traders, car il est susceptible de déclencher une vague d’acquisitions complémentaires. Sur le plan de l’analyse technique, la baisse des taux obligataires peut atténuer le coût d’opportunité de l’or par rapport aux titres de dette ou aux placements en numéraire, car il ne produit aucun rendement. Une telle situation peut inciter les capitaux à se désengager des obligations.
Ainsi, les regards sont désormais tournés vers la publication des prochaines statistiques sur l’indice des prix à la consommation (CPI) aux États-Unis. Ces données détermineront si ce rebond au-delà des 4 400 $ pourra se maintenir ou si une reprise des rendements invaliderait cette cassure haussière. La moyenne mobile à 200 jours et le seuil des 4 500 $ sont les prochains objectifs techniques majeurs identifiés par les investisseurs.
Pour récapituler, plusieurs chiffres clés sont à retenir :
- Le sommet intrajournalier atteint : entre 4 434 et 4435 $ l’once ;
- Le prix de stabilisation : 4 378,50 $ à midi, puis 4 382,43 $ à 13 heures EDT le 11 août ;
- Un point bas de la correction estivale estimé à 3 966 $ l’once.
L’achat d’or : la Banque populaire de Chine renforce son bouclier face aux tensions monétaires
À l’instar de l’environnement macroéconomique américain, la dynamique impulsée par l’or obtient un accompagnement institutionnel constant au niveau de la Banque populaire de Chine (PBOC). En effet, l’institution bancaire de l’empire du Milieu vient d’étendre son programme d’acquisition d’or à un 21ème mois consécutif. Cette régularité s’est concrétisée par l’achat de 20 tonnes supplémentaires, soit 640 000 onces environ, au cours du mois de juillet.
Ainsi, les chiffres officiels des réserves en or de la Chine, membre influent de l’alliance des BRICS, grimpent désormais à 76,08 millions d’onces environ grâce à un tel apport. Les flux positifs réguliers au niveau des ETF chinois adossés à l’or viennent également consolider une telle tendance, ce qui appuie un alignement entre la stratégie étatique et l’appétit des investisseurs privés.
L’attrait ultime de l’or pour les banques centrales figure dans sa neutralité bilancielle et souveraine. Il s’agit d’un actif indépendant. Le métal précieux ne dépend de la signature d’aucun gouvernement ni d’aucun émetteur monétaire. Une telle qualité offre un plancher structurel sous les prix même en période de fermeté du dollar américain. L’accumulation systématique par les institutions financières étatiques majeures contribue à la réduction de l’offre flottante sur le marché mondial. De plus, cette tendance procure un soutien durable au cours, sans tenir compte des variations journalières observées sur le marché des dérivés américains.
Les risques géopolitiques au Moyen-Orient et le choc pétrolier
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient alourdissent incontestablement ce tableau monétaire. Ainsi, la fermeture du détroit d’Hormuz et les dégradations des relations entre Téhéran et Washington font craindre des ruptures continues dans l’approvisionnement énergétique. Une telle instabilité a provoqué un bond de 5 % des cours du pétrole brut, ce qui alimente la menace d’une hausse générale des coûts liés à la production.
L’économiste Peter Schiff s’est exprimé à ce sujet sur le réseau social X. Il a alors affirmé que « l’or et l’argent ont progressé aujourd’hui, parallèlement à la hausse de 5 % du pétrole. Les métaux précieux sont en train de s’affranchir de la corrélation négative qui s’était développée récemment avec le pétrole. L’or et le pétrole devraient progresser de concert, à mesure que l’inflation fait grimper le CPI et les rendements obligataires, tandis que l’économie américaine s’affaiblit avec la destruction continue d’emplois ». De plus, il renchérit : « l’or dépasse désormais les 4 400 dollars. L’argent approche des 66 dollars. Le marché vous envoie un signal. Êtes-vous à l’écoute ? ».
Un risque de stagflation peut donc émerger de l’envolée conjointe des cours des matières premières énergétiques et ceux des métaux précieux. Dans un tel scénario, où la stagnation économique s’accompagne d’une poussée de l’indice des prix, la Réserve fédérale (Fed) se retrouverait dans un dilemme entre le soutien à un marché de l’emploi vacillant et la lutte contre l’inflation imposée par l’énergie.
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Diplômé de Sciences Po Toulouse et titulaire d’une certification consultant blockchain délivrée par Alyra, j’ai rejoint l’aventure Cointribune en 2019.
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