19h00 ▪
8
min de lecture ▪ par
Le secteur des cryptomonnaies traverse une nouvelle phase où plusieurs entreprises réorientent leur communication vers l’IA. Cette évolution suscite des réactions au sein de l’industrie, notamment chez Coinbase. Son directeur général, Brian Armstrong, estime que cette opposition entre blockchain et intelligence artificielle repose sur une mauvaise lecture des évolutions technologiques. Selon lui, ces deux domaines ne doivent pas être considérés comme des concurrents, mais comme des technologies capables de fonctionner ensemble pour soutenir les futurs usages numériques.


En bref
- Brian Armstrong critique les projets crypto qui abandonnent la blockchain au profit de l’IA.
- Le PDG de Coinbase affirme que blockchain et IA sont complémentaires, et non concurrentes.
- Coinbase développe Agentic Finance pour faciliter les paiements automatisés entre agents IA.
- La plateforme s’appuie sur Base, le protocole x402 et l’USDC pour construire cet écosystème.
- Plusieurs acteurs du secteur rappellent toutefois que la sécurité et la confiance restent des défis majeurs.
Coinbase rejette l’opposition entre blockchain et IA
Brian Armstrong a pris position contre une tendance qui gagne du terrain dans l’industrie des actifs numériques. Plusieurs entreprises mettent désormais davantage en avant l’intelligence artificielle que la blockchain afin de capter l’attention des investisseurs. Pour le dirigeant de Coinbase, cette approche repose sur une logique de rareté qui oppose deux technologies pourtant complémentaires.
Dans un article publié sur X dimanche, il a expliqué que les cryptomonnaies représentent une infrastructure générale, comparable à Internet ou à l’électricité.
La crypto est une technologie à usage général. C’est une infrastructure, au même titre que l’électricité ou Internet. Elle n’est pas en concurrence avec la prochaine grande innovation, car elle la sous-tend.
Brian Armstrong, PDG de Coinbase. Source : X / @brian_armstrong
Selon lui, elles ne sont pas destinées à rivaliser avec l’IA, mais à fournir les fondations nécessaires au développement des prochaines innovations. Il résume cette vision par une formule simple : il s’agit d’un « et », et non d’un « ou ». Coinbase défend ainsi une stratégie où blockchain et intelligence artificielle progressent ensemble.
Cette prise de position intervient alors que plusieurs sociétés modifient leur image pour mettre davantage l’accent sur l’intelligence artificielle. Brian Armstrong considère que ce changement de discours ne reflète pas forcément une transformation profonde des activités. Il préfère rappeler que les infrastructures blockchain conservent un rôle central dans le développement des futurs services numériques. Pour Coinbase, cette évolution ne remet donc pas en cause l’utilité des réseaux décentralisés.
Le phénomène rappelle également certaines tendances observées lors des précédents cycles technologiques. Dans une analyse publiée en avril, le Wall Street Journal comparait cette vague autour de l’IA aux changements stratégiques observés durant la bulle Internet ou lors de l’engouement pour la blockchain en 2017. Les données historiques citées montrent que les entreprises intégrant des termes populaires à leur nom enregistrent souvent une hausse moyenne de plus de 50 % de leur cours de Bourse à court terme, un mouvement davantage lié aux effets de mode qu’à une évolution structurelle.
Une stratégie tournée vers les paiements automatisés des agents intelligents
Au-delà de cette critique, Brian Armstrong présente aussi la direction que souhaite prendre Coinbase. Il estime que les agents logiciels autonomes d’une infrastructure financière avec laquelle ils pourraient, à terme, réaliser davantage de transactions quotidiennes que les utilisateurs humains.
Les agents IA auront besoin de leur propre infrastructure financière et effectueront à terme un volume de transactions quotidien bien supérieur à celui de tous les humains réunis. Ils ne peuvent pas ouvrir de compte bancaire, ils ne peuvent pas attendre trois jours pour un virement, ils résident dans un seul pays. Ils ont besoin d’une monnaie programmable en temps réel (c’est là que la crypto intervient)
Brian Armstrong, PDG de Coinbase. Source : X / @brian_armstrong
Pour lui, les systèmes financiers traditionnels présentent plusieurs limites, notamment parce que ces programmes ne peuvent pas ouvrir de comptes bancaires ou attendre plusieurs jours pour effectuer un virement. Sur ce point, la crypto reste leur solution idéale.
Et pour répondre à ces besoins, le PDG de Coinbase a mentionné un écosystème que la société est en train de développer, baptisé Agentic Finance, ou AiFi. Cette approche repose sur plusieurs briques technologiques déjà mises en place par l’entreprise. La plateforme s’appuie notamment sur le protocole x402, désormais administré par la Fondation x402, sur sa blockchain Base ainsi que sur le stablecoin USDC de Circle Internet afin de permettre des paiements automatisés entre logiciels.
L’entreprise poursuit également le déploiement de nouveaux outils. En juin, Coinbase a lancé des comptes destinés aux agents capables d’effectuer directement des paiements et des dépenses. La semaine dernière, la société a aussi annoncé que les utilisateurs de Coinbase Business pouvaient désormais accepter les paiements réalisés par ces agents grâce au protocole x402. L’objectif consiste à préparer un environnement où les transactions pourront circuler automatiquement entre différents services numériques utilisant l’IA.
Cette stratégie illustre la vision défendue par Brian Armstrong. Plutôt que de remplacer la blockchain par l’intelligence artificielle, il souhaite construire une infrastructure capable de répondre aux besoins économiques des futurs logiciels autonomes. Dans cette approche, la blockchain devient le support des échanges financiers effectués sans intervention humaine.
L’écosystème souligne encore plusieurs défis techniques
Si cette vision séduit une partie du secteur, plusieurs acteurs rappellent que des obstacles importants subsistent. Les infrastructures financières actuelles n’ont pas été conçues pour permettre des échanges instantanés entre machines. Selon eux, cette évolution exige bien davantage que l’automatisation des paiements.
Tory Green, directeur général du réseau décentralisé io.net, a commenté l’article d’Armstrong en déclarant que :
Les agents ont besoin d’argent, pas seulement, mais d’argent qui circule à la vitesse de la machine. Tout notre système financier a évolué pour l’interaction humaine. L’argent n’est que le premier maillon de la chaîne qui doit encore s’adapter. Le même scénario se profile pour le calcul, les données, et tout le reste.
Tory Green, directeur général du réseau décentralisé io.net. Source : X / @MTorygreen
Il explique que toute l’infrastructure financière actuelle a été pensée pour répondre aux besoins des utilisateurs humains. À ses yeux, les défis concernent également la puissance de calcul, les données et l’ensemble de la chaîne technologique. Cette analyse rejoint la vision de Coinbase, qui considère que la blockchain peut servir de base aux futurs échanges automatisés.
D’autres développeurs mettent toutefois en avant des questions de sécurité. Ils rappellent qu’autoriser un logiciel non vérifié à contrôler directement des actifs financiers peut créer un risque de contrepartie important. Le projet NeoSoul AI estime dans son commentaire sur le post d’Armstrong que « la mise en place d’une économie automatisée nécessite des mécanismes supplémentaires avant de pouvoir confier des portefeuilles numériques à des agents autonomes ».
Selon ce projet, la réputation et la mémoire des agents devront devenir des éléments essentiels de cet écosystème. Sans historique fiable, il serait difficile d’accorder une confiance suffisante à un programme chargé de gérer des fonds. Cette réflexion montre que le développement des usages autour de l’IA dépendra aussi de garanties techniques capables d’accompagner cette automatisation.
Les déclarations de Brian Armstrong ouvrent ainsi un débat plus large sur l’évolution de l’industrie des cryptomonnaies. Coinbase défend une complémentarité entre blockchain et intelligence artificielle, tandis que plusieurs acteurs rappellent les défis encore présents. Les prochaines avancées technologiques permettront de mesurer si cette convergence s’accompagne d’une infrastructure suffisamment robuste pour répondre aux besoins des futurs agents autonomes.
Maximisez votre expérience Cointribune avec notre programme ‘Read to Earn’ ! Pour chaque article que vous lisez, gagnez des points et accédez à des récompenses exclusives. Inscrivez-vous dès maintenant et commencez à cumuler des avantages.

Journaliste et rédacteur web passionné par l’univers des cryptomonnaies et des technologies Web3. J’y traite les dernières tendances et actualités afin de proposer un contenu de haute qualité à un large public du secteur.
DISCLAIMER
Les propos et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d’investissement.
