20h00 ▪
10
min de lecture ▪ par
En quelques jours, tout peut basculer. La guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël ne perturbe pas seulement les équilibres géopolitiques : elle reconfigure déjà les marchés mondiaux. Pétrole en hausse, gaz sous tension, métaux précieux chahutés, routes maritimes fragilisées, volatilité accrue… nous entrons dans une phase où les repères économiques évoluent rapidement. Dans ce contexte de tensions géopolitiques croissantes, Bitcoin s’impose progressivement comme un indicateur de ces transformations, révélant une mutation plus profonde du système mondial, dont les premières implications nous sont déjà visibles.


En bref
- Les tensions géopolitiques replacent l’énergie au centre des marchés, où pétrole et gaz deviennent des leviers clés.
- Les métaux précieux perdent leur rôle de valeur refuge face à un environnement dominé par l’inflation et la liquidité.
- Le système du pétrodollar évolue progressivement vers un modèle plus fragmenté et multipolaire.
- Bitcoin émerge comme un capteur de défiance, sans agir comme une valeur refuge classique.
Quand l’énergie vacille, les marchés basculent
« Contrôlez le pétrole et vous contrôlez les nations. », une citation historique souvent attribuée à Henry Kissinger, l’ancien secrétaire d’État américain, qui prend aujourd’hui tout son sens à mesure que le conflit au Moyen-Orient replace l’énergie au cœur des équilibres économiques mondiaux.
Dans toute crise majeure, l’énergie constitue le point de rupture central du marché énergétique mondial. À court terme, les tensions déclenchent des réactions immédiates sur les marchés financiers, mais leur impact dépasse rapidement cette phase initiale. C’est souvent par l’énergie que les crises économiques majeures commencent à se matérialiser.
La fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial et une part notable du gaz naturel liquéfié (LNG), illustre parfaitement cette vulnérabilité des flux d’approvisionnement énergétique. La perturbation du trafic dans cette zone a provoqué un choc immédiat sur les marchés énergétiques.
Dans les premières semaines du conflit, les prix du pétrole franchissent les 100 dollars le baril, avec des pics pouvant atteindre 114 dollars. Certaines projections évoquent même des niveaux plus élevés en cas de blocage prolongé.
Mais, l’impact le plus significatif s’observe sur le marché du gaz, en particulier en Europe. Dès le début de la crise, les prix du gaz européen bondissent de 20 % à 45 % en quelques jours, atteignant environ 46 €/MWh, avant de grimper jusqu’à près de 70 €/MWh (+29 %) dans les semaines suivantes.
Dans certains cas, les prix presque doublent en mars, notamment en raison de l’arrêt partiel des exportations de gaz et des tensions sur les infrastructures énergétiques, renforçant la perception d’une crise énergétique globale.
Cette dynamique est également visible en temps réel sur les marchés, comme en témoignent les mouvements des contrats TTF relayés par Bloomberg sur X, où certaines projections anticipent des prix durablement élevés à l’horizon 2027 dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes.
Ces hausses ont des conséquences directes sur l’économie réelle. En Europe, la montée des prix de l’énergie contribue à une inflation estimée entre 2,5 % et 2,8 %, tout en pesant sur les perspectives de croissance et sur l’allocation d’actifs des investisseurs.
Au-delà des chiffres, la dynamique est transparente : les marchés réagissent désormais autant aux scénarios qu’aux événements eux-mêmes. Les investisseurs ajustent leurs positions en fonction des risques d’escalade, de rupture des flux énergétiques ou de ralentissement économique global, entraînant des mouvements considérables de flux de capitaux. Mais, surtout, ces tensions redéfinissent en profondeur la perception de la valeur.
Lorsque l’accès à l’énergie devient incertain, ce ne sont plus uniquement les actifs financiers qui structurent l’économie, mais la capacité à sécuriser des ressources essentielles. Ainsi, pétrole, routes maritimes et approvisionnements en gaz deviennent centraux, révélant un basculement où la valeur dépend désormais du contrôle des ressources et des flux.
Or et argent : des valeurs refuges mises à l’épreuve par la guerre
Traditionnellement, les crises géopolitiques soutiennent les métaux précieux, en particulier l’or, au sein des actifs financiers défensifs. Lors de l’escalade entre l’Iran, les États-Unis et Israël, ce schéma s’est d’abord vérifié, avec des prix proches de 4 700 à 4 800 dollars l’once. Mais cette dynamique s’inverse rapidement. L’or recule d’environ –17 % depuis le début du conflit et jusqu’à –25 % depuis ses sommets récents.
L’argent suit la même trajectoire, avec des baisses pouvant atteindre –25 %. Cette volatilité s’explique d’abord par la hausse des prix de l’énergie, qui alimente l’inflation et maintient des taux élevés, un environnement défavorable à l’or. Par ailleurs, les investisseurs privilégient la liquidité, entraînant des ventes massives, y compris sur des actifs refuges.
Dans un contexte de forte instabilité économique globale, même les actifs réputés stables perdent leur comportement traditionnel. Les métaux précieux ne jouent plus systématiquement leur rôle de valeur refuge, révélant un marché désormais influencé par l’énergie, les taux et les tensions géopolitiques.
Le pétrodollar sous pression : un système monétaire en train de basculer
Au-delà de l’énergie et des marchés, les bouleversements géopolitiques actuels s’inscrivent dans une transformation plus large du système monétaire international. Depuis les années 1970, les marchés libellent majoritairement le pétrole en dollars, renforçant durablement la domination de la monnaie américaine après la fin de l’étalon-or.
Ce système a permis au dollar de devenir la principale monnaie de réserve mondiale. Cependant, cette domination évolue progressivement. Selon les données du FMI issues du programme COFER, la part du dollar dans les réserves mondiales est passée d’environ 70 % au début des années 2000 à près de 56 % aujourd’hui, reflétant une diversification progressive des banques centrales vers d’autres devises.
Cette dynamique est accélérée par les récentes tensions géopolitiques. Depuis 2022, plusieurs pays, dont la Chine et la Russie, ont multiplié les transactions énergétiques en monnaies alternatives, notamment en yuan et en rouble. De même, certains membres des BRICS évoquent la création de mécanismes d’échange alternatifs pour le commerce international.
Dans la crise actuelle, marquée par la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël, ces évolutions prennent une dimension supplémentaire. Les conflits sur les routes énergétiques et les incertitudes liées aux sanctions renforcent les incitations à diversifier les mécanismes de paiement et les réserves monétaires.
Dans ce cadre, certaines initiatives illustrent déjà cette transition : À l’heure de la rédaction de cet article, des sources rapportent que l’Iran aurait mis en place un système de passage contrôlé par les Gardiens de la révolution dans le détroit d’Ormuz. Dans cette zone, certains navires doivent obtenir une validation préalable et, dans certains cas, s’acquitter de paiements en yuans chinois ou en cryptomonnaies pour garantir leur transit. Ce système reflète des efforts plus larges visant à contourner les sanctions et à réduire la dépendance au dollar américain.
Ce que les marchés observent aujourd’hui, c’est une remise en question progressive d’un système en place depuis plus de 50 ans. Ainsi, le système monétaire international ne disparaît donc pas, mais évolue vers une configuration plus fragmentée, où plusieurs référentiels coexistent. Cette évolution marque un passage progressif d’un système monétaire unipolaire vers un système plus multipolaire.
Bitcoin : nouvelle valeur refuge face au chaos géopolitique ?
C’est dans ce contexte de recomposition globale qu’émerge une évolution plus profonde de la notion de valeur. À mesure que les dynamiques géopolitiques redéfinissent les équilibres économiques, le Bitcoin se distingue comme un actif capable d’évoluer indépendamment des systèmes traditionnels et du système financier classique.
Cet actif s’inscrit dans cette dynamique comme un instrument singulier, dont la structure décentralisée et l’offre limitée à 21 millions d’unités renforcent son positionnement dans un environnement marqué par l’instabilité économique et géopolitique.
Cependant, son comportement diffère des valeurs refuges traditionnelles. Lors des premières phases du conflit, le marché du Bitcoin a chuté d’environ 15 %, avant de rebondir rapidement, avec des variations journalières pouvant dépasser 5 %, confirmant une volatilité nettement supérieure à celle des actifs traditionnels.
Cette volatilité s’inscrit néanmoins dans un marché de plus en plus structuré. Ainsi, la liquidité croissante, les produits dérivés, les ETF, les stratégies d’arbitrage, contribuent à absorber une partie des chocs, ce qui favorise des phases de correction rapide suivies de rebonds tout aussi marqués. À la différence de l’énergie ou des métaux, directement affectés par le conflit, le Bitcoin réagit de manière plus indirecte, avec un impact moins brutal mais une volatilité plus marquée.
Ce comportement en deux temps — baisse initiale, puis reprise — montre qu’il ne fonctionne pas comme une valeur refuge classique, tout en révélant progressivement les limites du système actuel. Plutôt qu’une monnaie du quotidien, il tend à s’imposer comme une réserve de valeur à l’échelle mondiale. Bitcoin ne protège pas immédiatement – il absorbe la défiance du système. Sa capacité à évoluer en dehors des circuits étatiques, tout en restant intégré aux dynamiques globales, lui confère une place particulière dans cette phase de transition.
Nous assistons ainsi à une redéfinition progressive de la valeur, où les repères traditionnels coexistent désormais avec de nouvelles formes d’actifs. Dans ce nouvel équilibre, les marchés réagissent désormais autant aux tensions globales qu’à l’économie. En conséquence, la valeur ne dépend plus seulement de la monnaie, mais des équilibres internationaux, des ressources et de la confiance dans le système monétaire. Une transformation que le Bitcoin ne crée pas, mais qu’il révèle.
Maximisez votre expérience Cointribune avec notre programme ‘Read to Earn’ ! Pour chaque article que vous lisez, gagnez des points et accédez à des récompenses exclusives. Inscrivez-vous dès maintenant et commencez à cumuler des avantages.

Journaliste et rédacteur web passionné par l’univers des cryptomonnaies et des technologies Web3. J’y traite les dernières tendances et actualités afin de proposer un contenu de haute qualité à un large public du secteur.
