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Les DAO rêvent d’un monde où les décisions se prennent “par la foule”. Dans la pratique, la foule bâille. Et Vitalik Buterin vient de pointer le vrai nœud : ce n’est pas (seulement) un problème de règles, c’est un problème d’attention. Trop de votes, trop de sujets, trop de technicité dans la crypto… et au final, une minorité décide pendant que la majorité laisse passer.


En bref
- Vitalik Buterin veut utiliser l’IA pour résoudre le vrai frein des DAO : le manque d’attention et la faible participation.
- Plutôt que déléguer à des humains, des assistants IA pourraient résumer les enjeux et voter selon tes préférences.
- Sans garde-fous solides, on risque juste de déplacer la centralisation vers une élite de modèles et d’opérateurs.
Le vrai bug des DAO : pas la démocratie, l’épuisement
Buterin parle de “limites de l’attention humaine”. C’est presque banal, et pourtant c’est brutalement précis : un détenteur de crypto moyen n’a pas le temps de lire 12 propositions, comparer trois audits, comprendre les conséquences sur la trésorerie et anticiper les effets de second ordre. Résultat : l’abstention devient une fonctionnalité cachée du système.
On estime souvent que la participation moyenne des DAO tourne autour de 15 % à 25 %. À ce niveau-là, tu n’as plus une gouvernance crypto communautaire : tu as un club, avec une porte ouverte et peu de monde qui passe. Ce vide crée deux effets toxiques : la centralisation de facto (toujours les mêmes qui votent) et la lenteur des décisions (ou pire : des décisions prises “par défaut”).
Et quand la vigilance baisse, les scénarios deviennent plus sombres. Buterin rappelle l’angle mort classique : l’attaque de gouvernance. Un acteur malveillant peut accumuler assez de pouvoir de vote, proposer quelque chose de destructeur, et le faire passer pendant que la communauté crypto… ne regarde pas. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est le genre de faille qui attend juste un timing favorable.
Déléguer, c’est pratique… mais ça coupe le fil
La « solution » historique, c’est la délégation : tu confies ta voix à un représentant, puis tu passes à autre chose. Vitalik parle d’un système « désautonomisant » (disempowering). En clair, tu appuies sur un bouton et tu perds toute influence fine. Ton délégué peut être compétent, mais toi, tu n’as plus le volant, seulement le klaxon.
Le problème n’est pas que les délégués existent. C’est qu’ils deviennent un goulot d’étranglement. Quelques profils finissent par concentrer l’attention, les relations, l’info… donc le pouvoir. Et même sans corruption, la gouvernance se met à ressembler à une politique professionnelle : un petit nombre parle, le reste “applaudit” ou “ignore”.
C’est là que Buterin propose une alternative plus étrange, presque intime : au lieu de déléguer à une personne, déléguer à un assistant IA… mais un assistant qui te ressemble. Pas un “conseiller de parti”, plutôt une extension de toi-même, entraînée sur tes préférences, tes écrits, ton historique de décisions.
Les “agents personnels” et les jumeaux numériques : promesse… et pièges
L’idée centrale : des LLM personnels peuvent résoudre le « problème d’attention » en préparant le contexte, résumant les enjeux, et même en votant à ta place sur les sujets crypto routiniers. Si le point est sensible ou ambigu, l’agent te sollicite avec les éléments clés, au lieu de te noyer sous 40 pages.
Ce concept n’arrive pas de nulle part : côté Near Foundation, un chercheur a déjà décrit le travail sur des “digital twins” capables de voter au nom des membres pour contrer la faible participation. Même direction, autre laboratoire : rendre la gouvernance crypto praticable à l’échelle, sans la transformer en oligarchie.
La promesse est séduisante, mais les pièges sont bien réels : qui contrôle l’IA, comment empêcher qu’elle soit manipulée, et surtout comment s’assurer qu’elle vote réellement sans exposer ta vie privée ?
Pour que l’idée tienne debout, il faut des garde-fous solides : des explications claires pour chaque décision de vote, des seuils de confiance, un droit de veto humain, et une couche de cryptographie pour protéger l’utilisateur.
Cette logique de souveraineté, Vitalik la défend aussi au niveau du protocole. On le voit avec Ethereum, qui prépare une mise à jour pensée pour résister davantage à la censure. Sinon, on ne réduit pas la centralisation : on la déplace simplement des délégués vers une élite de modèles et d’opérateurs.
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Enseignante et ingénieure IT, Lydie découvre le Bitcoin en 2022 et plonge dans l’univers des cryptomonnaies. Elle vulgarise des sujets complexes, décrypte les enjeux du Web3 et défend une vision d’un futur numérique ouvert, inclusif et décentralisé.
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